Mémoire de Maîtrise d'Arts Plastiques {2001}

Mon travail interroge ce Mystère du Passage d’être de chair à celui d’être d’Esprit.

Comment vais-je passer de la Matière à l’Invisibilité ? Comment vais-je révéler une Absence dans une Présence ?

Mes images-traces, invisibles en tant qu’images, visibles en tant qu’ icônes, interrogent le lecteur ou le regardeur. Ces images-traces font apparaître des veinures, des marbrures qui ont quelque chose à voir avec l’écriture de Michaux et de Dotremont. Le papier trituré, malaxé, marouflé puis collé sur la planche de bois, va faire apparaître l’image.

Toute forme n’est – elle pas Mystère ? Rainer ne voile-t-il pas ses Saintes Faces ?

Le voile, léger brouillard issu des matières posées sur le plexiglas, fait surgir des signes devenus illisibles. En reproduisant l’ange, grâce à un vernis pour céramique et du gel acrylique, sur le plexiglas, ainsi se trouve-t-il voilà et ainsi l’Esprit échappe à l’Homme

L’Icône , elle, va apparaître après de nombreuses manipulations de la matière. Au départ, il n’y avait que des planches de bois mort. Puis les couches de « Levkas » (colle de peau animale et blanc minéral ) apprêtent ce bois. Enfin viennent la couleur, la dorure , etc…

Dans ce travail, l’écriture est présente, mais elle semble effacée. Comme des palimpsestes, Dieu a écrit sur le sable puis il a effacé.

J’interroge l’image, je lui donne un caractère d’Icône puisque ce sont des traces d’Invisible qui apparaissent. J’interroge l’image sous deux formes : carré et croix qui s’associent dans ma croix-manteau. L’Invisible est très prégnant à travers le plexiglas. La Présence est là, derrière le voile, à travers le verre organique cherchant à disparaître et à réapparaître. L’apparition se matérialise grâce au verre organique. Les anges, empreints de la lumière Divine , sont prêts à traverser ce blanc impalpable qu’est le Verbe Divin, qui est cette Incarnation.

Dans tout mon travail, il y a ces plis, replis, ces rhizomes mais aussi ces lettres que l’on retrouve dans le colloque angélique. Les plis, Mystère de l’Indicible, disparaissent sou la Matière. Ces irisations, ces miroitements, des petites fleurs rouges parsemées sur le sol, comme autant de gouttes de sang du Christ.

La matière que je triture, que je malaxe, me conduit vers cet Invisible que je recherche.

Les pseudo-marbres, le verre organique retravaillé, tout cela concourt à une recherche de traces d’Invisible, sous le regard des Anges de Fra Angelico.

Ecrit au cours de l’année 2001 pour le Mémoire de Maîtrise sous la Direction de Mme Anne Kerdraon ( Rennes II)

 

Mémoire Paint

 

 

Mémoire Paint 1

 

 

 

 

 

Memoire

 

 

Memoire 2

 

 

 

 

Memoire 3

 

 

 

 

Memoire 4

Memoire 5Droite

Memoire 6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Memoire 7

Memoire 8

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Variations Fossilisées I

Mon travail est cet infra-mince, qui, par des milliers de petits riens : ces chutes de papier recyclé, ces épines d’acacias, ces tiges effeuillées, ces fines feuilles de cuivre tannées par le temps, etc…, est témoin de ces instants volés sur le temps qui fuit, dont j’essaye de saisir l’essence…. « Je sens qu’une forte émotion doit laisser sa trace ; et qu’il s’agit simplement de découvrir comment nous pourrions la suivre, de manière à revivre notre passé depuis son commencement «  V. WOOLF

La feuille de cuivre travaillée par le temps, devient bronze. Elle remonte, traverse la surface en devenant verte…Un peu comme la terre verte de Cennino Cennini , qui transparaît sous la carnation.

J’essaye de rendre vie à tous ces instants captés au détour d’un voyage, d’une marche à la campagne, au bord de la mer…Recherche incessante de l’instant propice.

La matière transformée, modelée, collée, mise en volume, assemblée, laisse entrevoir son mystère…Et devient énigmatique…Entrons dans l’entre-deux pour y découvrir des  » instants parfaits «  V. WOOLF , des petits riens, des milliers de sensations.

Mes images-fossiles, se lisent à la surface d’une matière blanche, végétale, où s’affleurent des traces, des froissements de signes, de couleurs, de matières-vestiges pétrifiées.

Le Fossile, oui, est bien là, qui défie le temps. Déformé, comme la pierre « Miroir de l’Invisible «  qui interroge le regardeur. Il nous ouvre généreusement, sa porte, pour des rêves marins, voire humains, voire même grotesques.  » La coquille vide appelle des rêveries de refuge…. Que de rêves, on pourrait faire sur la coquille gauchère ! Sur une coquille qui dérogerait à la rotation de son espèce ! Mystère de la formation de la Coquille «  G. Bachelard.

 

Variations Fossilisées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oscillations sur Terre-Vadec I

Le travail, ici présent, est toujours lié à mes promenades marines : coquillages, algues, laisses de mer, diverses et variées. L’élément Nature est, ici, représenté par ce qui fait la première impression du travail ; il s’agit de terre de divers lieux qui a été étendu sur l’Isorel ; terre vierge chamottée ; terre qui a reçu l’empreinte des hommes et des animaux, souillée par les éléments.

Rêve de peau, de plis, de textures dans le lit chaotique de la matière aveugle. Brassage du limon, mélange des sédiments, Géologie à l’oeuvre…

Mon travail s’abandonne à ce pétrissage , à  » ces hautes pâtes «  de Fautrier. Sol, limon, médium…Ce lieu est aussi important que les choses qu’on y enterre ou que l’on y découvre. Lieu de sédimentation, de pétrification que l’on ne cesse de mettre sens, dessus-dessous. Lieu de la recherche, de la réflexion, mais aussi, lieu de l’emprise où tout se fixe pour le regard de l’autre.

Pour que le mariage soit fécond, il me fallait trouver la mixture qui s’imprègne des états antérieurs. Laisser la matière agir pour que la forme soit la plus sensible…L’appel aux éléments naturels m’entraîne vers des recherches chimiques. L’alliance de produits chimiques vont me permettre de créer des Cyanotypes où les algues vont venir se poser sur le papier végétal voire sur le lin.  » Noces de la céruse et des huiles colorées «  dira Francis Ponge.

Se livrer à la matière et la laisser agir…

Image-vestige, saisie comme ces algues marines qui devinrent coraux-Gorgônion, lorsqu’ils touchèrent le sang de la Méduse décapitée. La Gorgone peut pétrifier le Regardeur et le saisir de l’angoisse du manque, telle  cette tête visqueuse , enrourée d’une chevelure bouclée de serpents qui évoque l’organe sexuel féminin, peut porter malheur, paralyser, cadavériser, tuer par la magie du seul regard. « Méduse, séduite puis violée par Poséïdon, se révèle fertile puisqu’elle accouche de faux jumeaux : le cheval Pégase et le Géant Chrysaor  » J. Kristeva

 » La pétrification, c’est le regard arraché par le regard de l’autre. Identification, confusion dans un face à face étrange. Cette face , masquée d’invisible qui , dans l’oeil de Gorgô, se révèle la vérité de votre propre figure…Effroi et Ravissement car la face de Gorgô est l’autre, le double de vous – même, l’Etrange….Une image qui serait, à la fois moins et plus que vous même  » J.P. Venant

Ces traces seront-elles, aussi, présence-absence, mystère de lamatière, mystère de la vie visible et invisible ?

Comme la Méduse, la terre se  dérobe et se referme, une secrète réserve pour l’oublié, le voilé, l’indécelable.

Tantôt l’eau-forte, tantôt le cyanotype nous donnent une vision des fonds marins où la Gorgone veut nous délivrer ses secrets, nous arracher à nos affirmations, nos bienséances…  » Prendre la matière, y glisser les souvenirs, replier, recouvrir, inscrire unmot, user, poncer, c’est faire un objet de mémoire. Objet de lamémoire. Objet du temps de la Mémoire  » G. Wajcman.

Oscillations sur Kervadec